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Cinquième semaine de grève chez FCIMercredi 25 mars 2009, 16h32

Alors que 170 employés sur les 400 salariés de l'usine de fabrication de cartes à puce de l'entreprise FCI sont en grève depuis 5 semaines sur le site de Mantes-la-Jolie en Ile de France, le Tribunal de Grande Instance de Nanterre, saisi en référé par la direction, doit déterminer jeudi 26 mars s'il ordonne l'expulsion des grévistes. FCI est une ancienne filiale d'Areva, rachetée par le fond d'investissement américain Bain Capital. De forts soupçons de délocalisation pèsent sur cette entreprise, qui a ouvert un site de fabrication à Singapour en 2002, identique à celui situé en France. Selon les syndicats, ce sont aujourd'hui les deux tiers des commandes qui sont réalisées à Singapour pour un tiers en France, ce qui pèse sur les résultats de l'usine française, et devrait à terme amener à un plan social. Les syndicats demandent que la production de cartes à puce soit inversée entre les deux sites, avec les deux tiers en France et un tiers à Singapour. Le marché mondial de la carte à puce est lui en pleine croissance.

Rédaction Journal du Net

Dans les entreprises
FCI - Mantes-la-Jolie (Yvelines) Les travailleurs exigent des garanties sur l'emploi

Les travailleurs de l'usine FCI, située à Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, sont en grève depuis cinq semaines contre les menaces de plus en plus précises qui planent sur leur emploi.

FCI, c'est le leader mondial de la carte à puces : cartes bancaires, cartes vitales, cartes téléphoniques, etc. Après avoir développé quatre usines en France, la direction décidait en 2002 d'en créer une autre à Singapour. Revendue il y a deux ans par le groupe Areva au fonds de pension américain Bain Capital, l'entreprise continue à bien se porter.

C'est pourquoi la décision de supprimer des emplois dans les usines du groupe (fermeture du site de La Ferté-Bernard, réductions d'effectifs à Epernon et Besançon) a mis le feu aux poudres.

Décidés à obtenir des garanties pour leur emploi, la presque totalité des ouvriers de fabrication (environ 200) démarraient la grève dès le lundi 24 février au matin. Des braséros étaient installés devant l'usine et les piquets de grève s'organisaient jour et nuit, week-ends compris.

De son côté la direction restait sourde aux revendications des travailleurs préférant user et abuser des bonnes vieilles méthodes patronales : intimidation, huissiers de justice, police, assignation des grévistes devant les tribunaux. Bref, toute la palette répressive à la disposition du patronat pour tenter de se tirer d'une grève dure sans discuter du fond du problème.

Il y a maintenant deux semaines, elle décidait la dispense de travail des non-grévistes et envoyait des lettres aux cadres, ingénieurs, administratifs qui s'étaient déclarés comme tels, leur demandant de rester chez eux en prétextant que leur sécurité n'était plus assurée. Aucun d'entre eux pourtant n'était reparti de l'usine avec la tête sous le bras...



Aujourd'hui la direction a fui l'usine, laissant la place libre aux grévistes. Les travailleurs réclament l'ouverture des livres de comptes de l'entreprise afin de démontrer qu'elle a largement de quoi satisfaire leurs revendications :

- Pérennité du site avec ses 400 emplois

- Communication de la situation comptable

- Signature d'un accord sur les indemnités en cas d'un éventuel plan de suppressions d'emplois.

À la cinquième semaine, la détermination des grévistes est intacte. Ils sont venus très nombreux participer à la manifestation du 19 mars à Paris et ils ont entrepris de faire le tour des entreprises de la région pour faire connaître leur lutte et appellent l'ensemble de la population de Mantes et des environs à les soutenir financièrement.

Les travailleurs de FCI continuent la grève et sont bien décidés à faire céder leurs patrons.

Correspondant LO

Bakchich.info

FCI enflamme Mantes-la-Jolie



Pour dénoncer une délocalisation rampante de leur activité, les 400 salariés de FCI à Mantes la Jolie occupent leur usine. La direction, elle, a mis les voiles.

Ça sent le cramé. Devant l’usine de cartes à puce FCI Microconnections (ex-Areva) de Mantes la Jolie une fumée noirâtre s’échappe des quelques bidons incendiés. Dénonçant une délocalisation rampante de leur activité vers Singapour, les salariés ont entamé leur cinquième semaine de grève, dans l’indifférence quasi générale. 400 emplois sont pourtant concernés. « C’est dur mais c’est pas le moment de reculer », lance un salarié.

« Alors que le marché de la carte à puce est en pleine croissance, on nous a annoncé des baisses régulières de la production », affirme le délégué syndical CGT Eric Scheltienne pour qui un transfert s’est en réalité opéré au profit d’une usine miroir construite en 2002 à Singapour. La crise actuelle, argument avancé par le groupe pour réduire la voilure, aurait donc bon dos et servirait surtout à accélérer un processus de délocalisation entamé depuis longtemps. « Ces derniers mois, la direction nous a indiqué que nous étions en sureffectifs, puis a essayé de négocier le départ des plus anciens », raconte Eric Scheltienne. « Malgré nos demandes répétées, nous n’avons eu aucune information transparente sur la situation de l’usine de Singapour », renchérit Eric Ragon, élu du comité d’entreprise.

Craignant de connaître le sort des salariés de la Ferté Bernard, récemment fermé par le groupe américain, où de ceux d’Epernon et Besançon où d’importantes restructurations sont en cours, les salariés décident il y a un mois de se mettre en grève et d’occuper l’entreprise. Depuis, la direction a tout simplement abandonné le site, et s’est royalement retranché derrière le siège du groupe à Versailles. Pas très rassurant. A part un communiqué expliquant que l’activité à Mantes la Jolie serait maintenue jusqu’à la fin de l’année, le groupe a semble-t-il décidé de faire l’autruche. Racheté à Areva par le fond d’investissement Bain Capital, l’entreprise - jusque-là présentée comme un des fleurons du groupe - voit aujourd’hui son horizon s’obscurcir. Le TGI de Nanterre, saisi en référé par la direction doit déterminer demain (jeudi) s’il ordonne l’expulsion des grévistes. Une sortie de crise de toute façon provisoire.


20minutes.fr

 

Les salariés, solidaires, sortent de leur habituelle réserve

Ils sont bien là, au milieu de la foule. Pas de signes distinctifs, les salariés du privé sont difficiles à reconnaître parmi les troupes syndicales et les cortèges de fonctionnaires. « On n'indique pas le nom de notre boîte sur notre front, s'amuse Max Toussaint, dix-huit ans chez Peugeot Citroën. Nous sommes là, par solidarité avec ceux qui ont perdu leur emploi, mais aussi pour nous. » Cette année, les salaires n'ont augmenté que de 1 %, insuffisant selon lui pour faire face à la hausse des prix.

La situation est plus grave chez FCI, un fabricant de puces électroniques installée à Mantes-la-Jolie. La moitié des 400 salariés est en grève depuis quatre semaines et les dirigeants ont abandonné les lieux. En cause, une « délocalisation rampante », selon Jacques Basson, délégué CGT. « Il y a trois ans, un fonds de pension américain nous a rachetés, explique-t-il. Depuis, la production s'en va vers Singapour, certaines machines sont déjà parties. » Il réclame des garanties : 50 % de la production doit rester en France, et « une loi pour empêcher une entreprise bénéficiaire de délocaliser ». Aujourd'hui, quinze de leurs collègues ont rendez-vous au tribunal de Versailles. Ils sont accusés d'avoir retenu leurs dirigeants contre leur gré et de leur avoir lancé des oeufs et de la farine.

Laurence Prévost, venue avec trois de ses collègues de Seris Sécurité, défile parce qu'elle attend de nouvelles mesures de l'Etat, notamment en termes de hausse des salaires. « Nicolas Sarkozy est trop favorable au patronat, juge la jeune femme. Baisser les charges des entreprises ne nous fait pas mieux vivre ! » En tête de cortège, Philippe Purenne, trente-trois ans chez Sagem, syndiqué CFDT, est lui aussi très critique envers Nicolas Sarkozy : « Il laisse des pans entiers de notre économie s'écrouler. Et il regarde, en distribuant des aides aux entreprises qui continuent de licencier. » Dans son entreprise, la crise n'est pas encore arrivée. Les salaires ont augmenté de 2,5 % cette année et il dit son PDG très attaché à l'humain. Dans le cortège, d'autres salariés du privé subissent aussi la crise et ne peuvent pas témoigner aussi ouvertement. Ils sont derrière une banderole : « Salariés sans papiers en grève. » ■

Antonin Chilot
Par crainte d'une délocalisation à Singapour, les salariés occupent l'usine FCI de Mantes-la-Jolie

Un tas de détritus en guise de barricade, des citernes remplies de restes de palettes brûlées... Le décor de la cour d'entrée n'est pas engageant. Mais derrière, le parking offre un tout autre spectacle : bicyclettes d'enfants et trottinettes à l'entrée, et plus loin, un barbecue. Les "cuisiniers" s'affairent : deux cents bouches à nourrir chaque jour.

Bienvenue chez FCI Microconnections (ex-Areva, rachetée en 2005 par le fonds américain de capital investissement Bain Capital), à Mantes-la-Jolie (Yvelines), usine occupée, jour et nuit, depuis le 24 février, par la moitié de ses 400 salariés.

Le site, qui réalise des microcircuits électroniques pour cartes à puce, comprend un centre de recherche et développement - les salariés non grévistes, que la direction a dispensé de venir travailler - et une unité de fabrication - les grévistes. Cette division possède également une autre usine, à Singapour.

Malgré l'ordonnance de référé, prise jeudi 26 mars par le tribunal de grande instance de Versailles, qui donne aux grévistes "24 heures pour quitter (les lieux) spontanément", sinon " la force publique pourra" les expulser, les intéressés étaient toujours là, samedi matin 28 mars, se préparant à faire la quête qu'ils organisent chaque jour dans la région. Car les 26 et 27 mars, les réunions avec la direction n'ont pas permis de débloquer la situation.

Une grève atypique, en raison de sa durée, mais aussi de son motif. Qui n'est pas l'annonce d'un plan social, mais la forte inquiétude que ressentent les salariés. Le 26 mars, pourtant, la direction a indiqué, dans une note d'information, qu'il n'y a "aucune délocalisation" et qu'elle "s'est engagée à ce qu'il n'y ait aucun plan social en 2009 ou en 2010". Mais les grévistes n'y croient pas. "Nous avons suffisamment d'éléments écrits démontrant qu'à moyen terme le site est voué à être fermé" au profit de celui de Singapour, explique Rachid Brihi, avocat du cabinet Grumbach et associés, qui défend les grévistes.

Les volumes de production du site ne cessent de diminuer (2,4 milliards d'unités en 2007, 2,2 en 2008, 2 prévus par la direction en 2009, indique la CGT). Et selon les syndicats, depuis mi-2008, la production est devenue plus importante à Singapour qu'à Mantes-la-Jolie. "Nous demandons la communication de la comptabilité et des volumes des deux sites, et qu'il y ait une répartition équitable entre eux, mais la direction ne veut nous donner aucun chiffre sur Singapour", dénonce Eric Scheltienne, délégué syndical CGT.

Sa méfiance est alimentée par des informations inquiétantes, données par la direction, avant les promesses rassurantes. Ainsi, le 28 janvier, lors du comité d'entreprise, FCI évaluait, dans ses prévisions pour le premier trimestre, un sureffectif variant de 34 à 42 salariés, selon les mois. Et le 16 février, elle annonçait encore des mesures de restriction : le gel des embauches, la fin de l'intérim, le report des augmentations salariales, etc. "Nous avons aussi appris qu'elle avait proposé à des salariés des licenciements négociés déguisés en faute, indique M. Scheltienne. Tout cela a fait déborder le vase." "Nous avons tous grandi dans la région, nous connaissions FCI avant même d'y entrer, raconte un opérateur. C'est une bonne boîte, le travail est intéressant. Mais on nous a menti."

Lors du rachat de l'entreprise, "le maintien des quatre sites français avait été garanti pour trois années. Nous serons arrivés à l'échéance... en novembre 2008", remarque Gilles Visse, le délégué syndical CFDT. Tout est donc possible désormais. D'ailleurs, l'usine de La Ferté-Bernard (Sarthe) fermera en avril.

"Nous voulons négocier, dès aujourd'hui, des indemnités élevées, à verser en cas de futur plan social, précise M. Scheltienne. Car demain, quand Singapour aura la maîtrise de tout le processus, nous ne serons plus en position de force pour le faire." Mais la direction de FCI refuse, comme elle a rejeté la proposition syndicale d'une médiation.

Francine Aizicovici
Article paru dans l'édition du 29.03.09.

Le tribunal oblige les grévistes à quitter leur usine

Une quinzaine d'employés de la société FCI, installée à Buchelay, spécialisée dans la fabrication de puces électroniques, attendaient, hier matin, d’être fixé sur leur sort. La direction de l’usine les avait assignés en justice pour occupation illégale des locaux après plus d’un mois de grève.

Le délibéré, rendu hier par le tribunal, ordonne l’expulsion des grévistes, mais ne donne pas suite aux demandes d’astreintes de 1 000 par jour.
Les 200 salariés en grève, sur les 400 que compte l’usine, accueillent donc cette décision avec un sentiment mitigé, mais avec la ferme intention de continuer le mouvement, comme le confirme Eric Scheltienne, délégué CGT : « Nous allons continuer tant que nous n’aurons pas ce que nous voulons, c’est-à-dire des informations sur les répartitions des volumes de production avec le site de Singapour. »
En effet, les employés du site de Buchelay se disent au coeur d’une stratégie visant à augmenter la production en Asie à leurs dépens : « En avril 2008, nous avons appris que la production se ferait pour deux tiers à Singapour et un tiers ici, alors que, jusqu’à maintenant, c’était l’inverse », ajoute le syndicaliste. Une information qui n’a pas tardé à laisser planer l’ombre d’un plan social.

« Nous allons continuer tant que nous n’aurons pas ce que nous voulons »

Une solution que n’envisage pas, pour l’instant, la direction. « Nous avons eu des engagements pour 2009 et 2010 sur la sauvegarde de l’emploi mais, pour nous, ça n’est pas suffisant, déplore Eric Scheltienne. Nos anciens sont régulièrement contactés pour des départs volontaires, on n’a pas eu notre prime qualité… tout ça vient d’un cumul de choses. On veut conserver tous les emplois, mais aussi penser à la croissance du site. »
Mais le mois entier de grève a fait beaucoup de mal financièrement. Pour alimenter la caisse commune, les grévistes sont désormais obligés de faire appel à la générosité. Ils étaient, mardi, au péage de l’A 13, où ils ont récolté près de 2 000 . L’opération devrait d’ailleurs être renouvelée aujourd’hui dans l’après-midi.

Le Parisien

Yvelines

Manifestations à Versailles et Mantes-la-Jolie

La voiture n'a pas pu pénétrer dans la cour du conseil général des Yvelines. Ironie du sort : au volant, il s'agit d'un élu de gauche. S'ils n'ont pas fait de discrimination, les quelques 150 employés du département qui manifestaient ce matin à Versailles avaient une cible : Pierre Bédier (UMP), l'actuel président du conseil général.

«Bédier, le mépris, ça suffit», scandent-ils sous ses fenêtres tout en martelant des bidons vides sur lesquels on peut lire «Les négociations, c'est pas bidon». Avant de rejoindre le cortège des manifestants parisiens, les employés du département tenaient à stigmatiser la politique de ressources humaines dont ils se disent victimes.
 
A quelques mètres de là, une trentaine de délégués syndicaux de la CGT manifestaient devant la préfecture des Yvelines. Peu nombreux mais avec une sono envahissante, ces représentants des plus grandes entreprises du département (Giat, France Télécom, La Poste, le Technocentre Renault, EDF, Alcatel-Lucent, la Snecma...) réclament d'être reçus par la préfète pour parler de la question de l'emploi. En vain.
La grève a des conséquences un peu partout. Ainsi, les touristes trouvent-ils portes closes au château de Versailles. En raison d'un nombre insuffisant de personnel pour assurer la protection des œuvres, la direction du musée a décidé ce matin de ne pas ouvrir. En revanche, les jardins du château restent accessibles au public jusqu'à 18 heures. Et la visite du Petit Trianon est gratuite.

A Mantes-la-Jolie, près de 1 000 manifestants ont défilé dans les rues du centre-ville. Parmi eux, beaucoup d'employés de la société FCI de Buchelay, spécialisée dans la fabrication de cartes à puce, en grève depuis quatre semaines. Le cortège, bariolé aux couleurs de la CGT, comptait également des enseignants, des élus communistes, des employés de la Poste ainsi que quelques anarchistes.

Le Parisien

Pour éviter des licenciements, ils séquestrent le patron

Ils sont en grève depuis six semaines. Pas, comme ailleurs, parce que leur usine ferme. Mais par peur d'une délocalisation de leurs emplois à Singapour qu'ils pressentent inéluctable d'ici quelques mois. Lundi, les salariés de FCI, une usine de Mantes-la-Jolie (Yvelines), sont passés à l'action afin d'essayer d'obtenir de la direction des engagements sur l'avenir du site. Pendant quatre heures, ils ont retenu leur patron au siège de l'entreprise, à Versailles. Le climat était très nerveux. Reportage son et photo

Occupation préventive d’une usine

Mathieu Magnaudeix *

Les deux directeurs sont acculés au fond de la pièce, assis devant un vasistas, quelques gobelets en plastique posés devant eux, du thé, du café. En face d'eux, dans la petite salle de réunion, une quarantaine de personnes qui leur demandent des comptes, les haranguent tour à tour, dans le désordre: leurs salariés.

Depuis six semaines, 150 d'entre eux sont en grève. Ils travaillent chez FCI Microconnections, une usine de Mantes-la-Jolie (Yvelines) qui fabrique notamment des puces pour les cartes Vitale ou les téléphones portables.   Un conflit qui s'éternise, d'autant qu'il est plutôt atypique. Contrairement à beaucoup d'autres, l'usine FCI ne va pas fermer. Il n'y a même pas eu de vagues de licenciement, et pas encore de chômage partiel. Mais les ouvriers craignent bien pire: une délocalisation de leur entreprise à Singapour (voir Le Monde, 28.03.09) où leur groupe possède une autre usine. Leur mouvement est donc d'abord préventif.

Depuis le 24 février, les 150 grévistes (les ouvriers, tandis que les 250 cadres, eux, ne font pas grève) tentent de faire signer à la direction un accord où elle s'engage à mettre en place des mesures d'accompagnement des départs.   «C'est quand même la première fois que l'on voit un mouvement de grève alors qu'il n'y a pas d'annonce de plan social.»

Assis sur son siège, Jérôme Duhirel, le PDG, joue l'incompréhension. Il n'est pourtant pas en position de force. Lundi matin (30 mars 2009), vers 10 heures, une petite centaine de grévistes a envahi le siège social de FCI, à Versailles, sorte de château moderne, avec ces imposantes colonnes et ces petits carrés de gazon bien taillés. Ils ont maculé les vitres de la cour intérieure d'autocollants «CGT» et de photos de braseros qui flambent, barrés d'un "En grève" inscrit en lettres rouges.

Aux deux directeurs, Jean Duhirel, le PDG, et Eric Turpin, son DRH [Directeur des ressources humaines], le délégué CGT, Eric Scheltienne, lance: «Ce n'est pas une séquestration.»

Ça y ressemble quand même beaucoup. Vers 13 heures, après 3 heures de confrontation, le PDG manifeste son envie de partir: «Pour partir, ça va être un peu dur. Il y a beaucoup de monde», répond le syndicaliste, provoquant des rires dans la salle.   Pendant quatre heures, le ton est vif, très tendu. La semaine dernière, la direction a lâché un peu de lest, garantissant l'emploi sur le site pour 2009 et pour 2010. Cela ne satisfait pas les salariés, qui craignent un «coup fourré». «Donnez-nous l'assurance que dans 6 mois vous ne fermez pas la tôle», s'emporte une salariée. Le PDG, Jérôme Duhirel, cherche à rassurer, sans convaincre.   «Le site de Mantes, nous ne voulons pas le fermer, nous garantissons l'emploi», dit le PDG. «Vous ouvrez votre télé, votre radio, combien d'entreprises, aujourd'hui, disent on ne va pas toucher à l'emploi ?» «Continental, ils l'ont fait», lui répondent les salariés. «Prouvez-nous votre bonne foi!», dit une salariée. «Vous voulez quoi, vous mettre à la place des clients ? Allez les voir, les clients!», rétorque le patron.  

Un salarié : «On a des vies à vivre, nous!»

Les noms d'oiseaux fusent. «Menteur, t'es comme Sarko!», dit un jeune employé. Visiblement, les salariés n'ont plus confiance. «Vous n'êtes pas venu nous voir pendant la grève», disent plusieurs d'entre eux. Arguant de jets d'œufs et de farine, d'une «poussée de violence inexcusable» et de l'incapacité à approvisionner l'usine, la direction a saisi en référé le tribunal de grande instance de Versailles. Le 26 mars, il a donné aux grévistes 24 heures pour quitter le site. Mais ils ont poursuivi l'occupation.   Dans la salle, vers 13 heures, après l'arrivée des Renseignements généraux (RG), la rumeur enfle: les RG auraient demandé l'intervention de la police. «Cela ne nous fera pas plier», dit Eric Scheltienne (CGT) de sa voix puissante. Avec le patron, le débat monte d'un cran.   «Vous pensez qu'on se fout de votre gueule ?», lance le PDG. «Je trouve délirant qu'on soit dans une telle situation alors que le site de Mantes, on garantit sa pérennité! On vous dit qu'il n'y aura pas de plan social en 2009 et même en 2010!» Un salarié répond: «La vie, ça ne se résume pas à 2009-2010! On a des vies à vivre, on ne va pas vous attendre.» Une autre: «Moi je vous jure en 17 ans de boîte, c'est ma première grève. Six semaines, j'en ai marre. On veut reprendre le travail. Alors vous signez l'accord, on le met dans le tiroir et le jour où on voudra s'en servir on s'en servira.» Elle le supplie presque. «On ne s'en servira pas: les cartes à puces, elles marchent très bien. Mais signez l'accord, tout le monde reprend son travail et c'est très bien.»

Ce fameux accord, la direction refuse obstinément de le signer. Pour Rachid Brihi, l'avocat des salariés, c'est la preuve qu'elle joue la montre et qu'elle avait en tête un plan de réduction des effectifs. «Cette usine, c'est ‘chronique d'une mort annoncée’, affirme-t-il. La fermeture est écrite, des indices graves et concordants l'attestent.»

Selon l'avocat, la production de l'usine de Singapour a dépassé mi-2008 celle de l'usine de Mantes. «Pour 2009, la direction promet seulement 2 milliards de puces produites, alors que le seuil en dessous duquel le site n'est plus rentable est de 1,7 milliard», dit encore l'avocat.

La direction: «Pas de délocalisation»  

Jusqu'en 2005, FCI Microconnections était une filiale du groupe nucléaire français Areva. Elle a été rachetée par un fonds d'investissement américain, Bain Capital, qui s'était engagé à maintenir l'emploi... jusqu'en novembre 2008. Elle n'est donc plus liée par sa promesse. Pourtant, la direction conteste le diagnostic. «On garantit 2 milliards en 2009 en espérant faire plus, dit le PDG, Jérôme Duhirel. Il n'y a pas de mouvement de délocalisation, ni d'effet de ciseau où Mantes s'écroule et Singapour monte!» Ces paroles, pourtant, aucun des salariés ne les croit tant que la direction n'aura pas couché ses engagements sur le papier. Au bout de quatre heures, le délégué Eric Scheltienne décide de lever le camp.   «M. Duhirel, et après je m'en vais, la question, je vous ouvre la porte une dernière fois, est-ce que oui ou non vous acceptez de signer ? Demain êtes-vous prêt à bouger l'oreille sur les revendications que nous avons posées ?» Pas de réponse. «Alors on y va, c'est bon, on rentre à Mantes-la-Jolie», lance le délégué syndical. Les salariés commencent à quitter la salle, lentement. «Mauvaise journée», lancent-ils au patron. «C'est à vous de réfléchir, lui disent-ils, nous, on tiendra trois mois, quatre mois ou cinq mois.»  

Parmi les grévistes, beaucoup sont issus du Val-Fourré, quartier dit «sensible» de Mantes-la-Jolie. Le patron sait en jouer. Dans la salle, il hèle un jeune homme d'origine maghrébine. «Monsieur B., vous vous rappelez qui vous a embauché ici ? Vous savez qui a soutenu votre candidature ?» L'intéressé ne se démonte pas: «Hé, monsieur, je ne l'ai pas volée mon embauche, j'ai fait deux ans d'intérim, hein. Pourquoi vous me parlez de mon embauche, là ?»      

Avant de quitter la salle quasiment vide désormais, un de ses collègues tente une dernière fois de soutirer quelques informations au PDG. Sans plus de succès.   «2011! Monsieur Duhirel, pourquoi vous ne voulez pas me répondre! 2009, 2010, mais 2011, il veut pas me répondre.»

Un autre tente, lui aussi: «On a des gamins, des familles...» Le DRH répond: «Nous aussi.» Le premier reprend, en tutoyant ses patrons. «Hé cousin, je vais t'expliquer. En trois mois de salaire tu fais ce que moi je gagne à l'année. Toi et moi, on n'a pas les mêmes revenus. Toi, tu gagnes 5-6 fois mon salaire. Alors maintenant quand je te pose une question soit tu me réponds, soit tu me dis que tu ne me réponds pas. Je te pose une dernière fois la question: 2009, 2010... 2011 ?» Le DRH répond: «Je ne réponds pas parce que je n'ai pas la réponse.» Mardi 31 mars, les salariés ont entamé leur 36e jour d'occupation de l'usine.

* Reportage effectué pour le site en ligne Mediaprt.

(1er avril 2009)

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